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ROGER RASPAIL

Deux disques en plus de quarante ans de carrière professionnelle, le moins que l’on puisse écrire c’est que Roger Raspail a pris son temps – le soin ? – pour coucher sa vision du monde de la musique. Tambour majuscule qui figure sur des centaines d’albums, le Guadeloupéen passe enfin au premier plan. “J’avais d’autres priorités : les rencontres et les partages, synonymes d’échanges.” Free jazz ou morna capverdienne, swing caribéen ou rumba congolaise, funk spirituel ou transe du Sahel, le Guadeloupéen est de ces hommes de l’ombre dont l’humilité rend d’autant plus féconde la musicalité. Doigté expert, de la caresse à la frappe, il sait tout donner sur les peaux, cela transpire par tous les pores.

C’est ainsi qu’il fait le liant et le lien depuis des décennies dans des projets dont la diversité d’horizons en dit déjà long sur son ouverture d’esprit mais aussi sur sa faculté d’adaptation. C’est aussi ceux-là, ces mondes a priori éloignés, un puzzle éclaté dont les pièces mises bout à bout pourraient bien raconter une autre histoire du monde, qu’il réunit dans ce recueil. Il y narre une diversité à l’œuvre mais aussi un enracinement permanent, en creux, dans ce qui fonde son identité. Créolisée, pour paraphraser l’essayiste antillais Edouard Glissant pour qui la poétique de toute relation se noue en “présence” de toutes les langues. Ce désir d’embrasser de vastes territoires musicaux ne l’a néanmoins pas empêché de cultiver son jardin, pour citer un autre philosophe. Bien au contraire, Roger Raspail n’a jamais cédé une once de son originalité, à commencer par les sept rythmes qui constituent l’identité du gwo ka, le tambour qui est la marque de fabrique de son île.

“Je reste quoi qu’il advient gwo-ka et cela est définitivement ancré dans mes racines, mes gènes et mon sang. Je ne peux m’empêcher de penser, rêver, manger ou encore séduire par et avec le gwo-ka. Ce tambour, cette musique m’a tout donné. Mais en retour, il est évident que ma musique sonne le gwo-ka,et cela peut importe le type d’instrument utilisé. Le gwo-ka comme le jazz, reggae, ou tout autre forme de musique de résistance, est une philosophie de vie. ”

Né en décembre 1953 à Capesterre Bel Eau, Roger Raspail agrandi avec ce son-là, l’écho des mouvements d’émancipation au cours des années 1970. Après de premières expériences avec le maître Rudople Coppry, avec lequel il va apprendre à fabriquer son propre tambour, le Guadeloupéen quitte les tropiques, pour s’installer outre-Atlantique. “À partir moment que j’avais quitté la Guadeloupe, c’était pour écouter et regarder plus loin.” Au mitan des années 1970, il passe pro, fréquente le Centre américain, alors centrifugeuse de bien des expériences du côté du jazz libre. C’est le temps de l’éveil, auquel va succéder les années 1980, où le percussionniste se multiplie sur tous fronts. Difficile dès lors de dresser un inventaire de ses collaborations, parmi lesquelles il faut retenir celle de longue durée avec Cabo Verde Show. Mais on pourrait aussi citer le cultissime flûtiste Eugène Mona, la diva aux pieds nus CesariaEvora, le pianiste zen Mal Waldron, le génial guitariste Dominique Gaumont…

A l’orée des années 2000, il enregistre un premier disque pour le compte de Marge. Il lui faudra encore attendre près de vingt ans et plus de deux cent disques enregistrés auprès des autres, pour le retrouver en position de leader. “Dalva”, du nom de sa petite fille “adorée”, comme la suite naturelle de “Fanny’s Dream”, ce premier disque qui portait le nom de sa fille. Cela sonne comme une évidence, comme le répertoire renvoie aux multiples facettes d’un musicien qui a toujours servi la musique, avec ce qu’il faut d’esprit. Bossa, calypso, musique rara, soul jazz, biguine, cadences… Ecrit au fil du temps, le répertoire –essentiellement des originaux – est le prétexte tout trouvé pour voyager au cœur de la créolité, l’occasion pour le maître de cérémonie de dialoguer avec des complices souvent de longue date, toujours de bon compagnonnage. Tous dans le même cap, cet archipel qui outrepasse les clivages en noir et blanc, les frontières bien définies, les catégories finies. Plus que l’enclosure de l’orthodoxie, il est question ici d’ouverture.

Pour meilleures preuves, les musiciens qui l’accompagnent viennent d’horizons divers, mais tous en commun de faire partie de sa “famille”. On y retrouve ainsi, au fil des titres, des amis de longue date et d’autres rencontrés plus récemment. Là encore inutile d’en dresser la liste complète, mais quelques noms font plus sens. Celui de Jacob Desvarieux fait écho aux années1980, à leurs nombreux échanges notamment pour deux albums de Kassav’ sur lesquels Roger Raspail officie. Il en va de même de Patrice Caratini, contrebassiste que le percussionniste a rencontré voici plus de trente ans – “Nous avions enregistré un disque au Dréher avec George Brown, Richard Raux, Mal Waldron et Roy Borwos”–, avec lequel il a beaucoup échangé au cours des années 2000. C’est aussi le cas du quintessentiel pianiste Alain Jean-Marie, que Roger Raspail a écouté en Guadeloupe avant de la retrouver à Paris, “lors des fameux concerts au Dunois avec Dominique Gaumont, Alan Silva, Bobby Few et plein d’autre artiste de jazz avant-gardiste…”

Plus jeune, pas moins proche, le violoncelliste Vincent Ségal fait lui aussi partie de cette famille de musiciens sans œillère. “Vincent n’est autre que le neveu d’Alain Jean-Marie. Je l’ai rencontré pour les concerts et enregistrement de Morena, la Femme d’Alain, et puis nous sommes partis quinze jours en tournée en Guadeloupe. Ce duo violoncelle-ka fait partie de mes meilleures expériences. ”Il en va de même avec le chanteur trinidado-londonien Anthony Joseph, “le petit frère d’une grande île voisine de la Guadeloupe”, qu’il a croisé dans des clubs parisiens, avant de vraiment collaborer ensemble pour différents albums, dont récemment “Kumaka” fortement marqué par l’empreinte de Roger Raspail. Last but not least, le plus emblématique de tous n’est pas forcément le plus connu : “C’est une belle histoire. Reda Samba avait a peine neuf ans, lorsque je l’avais invité à jouer avec moi dans mon premier album, dontson père Mokhtar Samba était le batteur. Vingt ans après, c’estlui qui est le titulaire !” Comme un symbole que cette histoire est avant tout une affaireau long cours, que tous les morceaux de ce disque, une fois as-semblés les uns aux autres, pourraient bien figurer le plus juste autoportrait de son auteur.

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ROGER RASPAIL – BIG DRUM

With only two albums in a career lasting over forty years, the least one can say is that Roger Raspail takes his time – and great care? – before he puts his vision of the world to music. A big drummer who has featured on hundreds of albums, the native of Guadeloupe is finally taking centre-stage. “I had other priorities: meeting people, sharing things, exchanging.” Free jazz or Cap-Verdean morna, Caribbean swing and Congolese rumba, spiritual funk and trance from the Sahel; the guy from Guadeloupe is one of those backing musicians whose humility only serves to underscore and enrich his musicality. Caressing one minute, banging the next, his expert fingers know how to bring the best out of the skins. Drumming is in his genes. He’s been linking and binding for decades, working on projects whose sheer variety says all there is to say about his open-mindedness and his ability to adapt. This is what this compilation is about: sounds that seem worlds apart, a jigsaw whose pieces, if assembled end to end, would tell a different story of our world. On this album he describes diversity at work, but behind that there’s a sense of deep roots from which he draws his identity. “Creolized”, to paraphrase the West Indian essayist Édouard Glissant, for whom the poetry of any relationship is based on the “presence” of all languages. This desire to encompass vast swathes of musical territory has never prevented him from tending to his own garden, to quote a different philosopher. Quite the opposite, in fact. Roger Raspail has never surrendered an ounce of originality, starting with the seven rhythms that go to make up gwo ka, the drum that is his island’s hallmark.

“Whatever happens, I’ll always be a gwo ka, and that is a firm part of my roots, my genes and my blood. I can’t help thinking, dreaming, eating and charming through and with gwo ka. This drum and this music have given me everything. The clear trade-off, though, is that my music sounds like gwo ka, whichever type of instrument I play. Gwo-ka, like jazz, reggae or any other form of musical resistance, is a philosophy of life.” Born in December 1953 in Capesterre Bel Easu, Roger Raspail grew up with that sound, the echo of the emancipation movements of the 1970s. After some early experience with his mentor Rudople Coppry, with whom he learned to make his own drum, Roger Raspail left the tropics to settle on the other side of the Atlantic. “When I left Guadeloupe it was to listen and look at things further afield.” He turned pro in the mid 1970s and was a regular at the American Center, which sucked in experiences in free jazz from all corners. It was a time of awakening, followed by a dazzling array of appearances as a percussionist during the 1980s. It became difficult to keep track of his collaborations, although one particularly long-lasting one was with Cabe Verde Show. One could also cite the cult flautist Eugène Mona, the barefoot diva Cesaria Evora, the zen pianist Mal Waldron, and the brilliant guitarist Dominique Gaumont.

At the beginning of the new millennium, he recorded his first album for Marge. He then had to wait for almost twenty years, recording over two hundred records with others, before he was once again the leader. “Dalva” is his “beloved” granddaughter’s name, and thus a natural successor to his first album, “Fanny’s Dream”, which took its name from his daughter. It all sounds so obvious, because the repertoire shows off the many facets of a musician who has always brought his own spirit to his music. Bossa, calypso, rara, soul jazz, beguine, cadences… Composed over many years, this compilation of mostly new tracks is a perfect excuse to travel into the heart of the creole world, an opportunity for the MC to play with old friends, always in good company. All of them follow the same course through this archipelago of sound that surpasses any   divisions   between   black   and   white,   any   clear   boundaries,   any   fixed categories. This album is not about enclosing orthodoxy; it’s about opening people’s minds.

As   proof   of   this,   his   accompanying   musicians   hail   from   a   range   of backgrounds, but they are all part of his “family”. As the songs progress, we meet some of his old friends, and some he got to know more recently. Here again, there is no point in drawing up a full list, but it’s worthwhile mentioning a few names. Jacob Desvarieux harks back to their many exchanges during the 1980s, and in particular to two albums by Kassav’ led by Roger Raspail. The same goes for Patrice Caratini, a double bassist the percussionist met over thirty years ago –”We had recorded an album at the Dréher with George Brown, Richard Raux, Mal Waldron and Roy Borwos”– and stayed in touch with throughout the 2000s. It’s also the case of the quintessential pianist, Alain Jean-Marie, whom Roger Raspail heard paly in Guadeloupe before catching up with him in Paris “at the famous concerts at Le Dunois with Dominique Gaumont, Alan Silva, Bobby Few and lots of other avant-garde jazz musicians…”Younger but no less close, the cellist Vincent Ségal was also part of this unblinkered musical family. “Vincent happens to be Alain Jean-Marie’s nephew. I met him at concerts and recording sessions with Morena, Alain’s wife, and then we did a two-week tour of Guadeloupe. That cello-ka duet was one of my best experiences ever.”

There’s also the London-based Trinidadian singer Anthony Joseph –”the little brother from a big island near Guadeloupe”– whom he met in Parisian clubs before they truly collaborated on various albums, the latest of which was “Kumaka”, which bears Roger   Raspail’s imprint. But Raspail’s most iconic collaborator is perhaps not the best known: “It’s a lovely story. Reda Samba was barely nine years old when I invited him to play on my first album; his father,

Mokhtar Samba, was the drummer. Twenty years on, and the job’s his!” How symbolic that this is a long-term affair, and that once all the tracks on thisalbum have been assembled, they might just paint the most accurate self-portrait of its creator.

 

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